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Phobie des insectes ou perte de contrôle : ce que révèle vraiment le symptôme
Je reçois souvent au cabinet des personnes qui viennent me consulter parce qu'elles ont identifié un problème bien particulier. Des difficultés après un divorce, les suites d'un accident de voiture, ou une peur bien spécifique, comme celle des insectes ou celle du vide. Au fil de la discussion, on se rend souvent compte que la raison qui les amène dans le cabinet n'est pas la véritable source du problème. C'est tout l'enjeu de mon travail en hypnothérapie, et en général avec les patients : faire la part des choses entre le symptôme (ce qui se passe physiquement dans le corps) et la cause réelle qui l'entretient (c’est à dire ce qui se passe dans la tête, pour faire court).
Traiter le symptôme ne suffit pas toujours
Traiter un symptôme est important, surtout quand il devient handicapant au quotidien. Une phobie de la conduite qui empêche de conduire, la peur des insectes qui prive de repas en terrasse et d’activités en plein air, des crises d’angoisse qui vous font quitter un lieu plein de monde, ou encore des pleurs incontrôlés face à une situation de stress : tout cela relève du symptôme pour lequel la plupart des gens poussent initialement la porte du cabinet.
Cela dit, si l'on ne s'attaque pas à la cause du problème, on ne peut pas décemment espérer faire disparaître durablement le symptôme. Cette distinction n'est pas qu'une intuition de terrain, elle est aujourd'hui documentée par la recherche en neurosciences, sur laquelle je reviendrai plus loin, et elle change complètement la façon d'aborder une séance ainsi que le nombre de rendez-vous nécessaires.
Une phobie inattendue chez une femme de carrière
J'ai reçu récemment au cabinet une personne en fin de carrière, qui avait toute sa vie travaillé dans un milieu très exigeant, et qui venait de partir à la retraite depuis quelques mois. Elle avait travaillé dans de très grandes instances, dans un contexte extrêmement stressant, qui lui demandait un self control et une maîtrise de soi de tous les instants. Tout son cadre de vie était structuré et organisé, son travail étant au centre de la plupart de ses décisions. Elle a mené de très longues missions, exigeant une grande rigueur, et elle a été confrontée à des dangers réels et parfois sérieux.
Et pourtant, cette personne se trouvait confrontée à un problème qu'elle n'arrivait pas à comprendre : une phobie des insectes. Cela pouvait sembler presque dérisoire au regard de ce qu'elle avait vécu tout au long de sa carrière, mais cette peur était devenue extrêmement handicapante dans son quotidien.
Ce que cache vraiment la peur des insectes
Nous voilà donc avec un symptôme à traiter, qui lui semblait être tout le problème. En réalité, en avançant dans la discussion, nous avons réalisé que cette femme, face à un insecte, se retrouvait face à une situation qu'elle ne pouvait pas contrôler. C'est bien là que se trouvait la cause du problème en réalité. La perte de contrôle face à un petit parasite qui vole dans tous les sens, qui peut entrer dans sa maison ou la déranger pendant qu'elle maange, était en réalité le symptôme d'une perte de contrôle bien plus large.
Après avoir vécu des années dans un cadre très organisé, où rien ne dépassait, l'arrivée à la retraite a fait disparaître ce cadre du jour au lendemain. Elle s'est retrouvée livrée à elle-même, un peu comme dans un saut dans le vide. Et finalement, les insectes qui s'invitaient dans sa vie étaient devenus la représentation physique de cette perte de contrôle qu'elle ne parvenait pas encore à nommer.
- Symptome = phobie des insectes (et tout l’impact physique sur le quotidien)
- Cause sous-jacente = peur de perdre le contrôle profondément ancrée dans le cerveau, suite à des années dans un métier où cela était strictement impossible voire interdit.
Ce que la science montre sur la peur et le cerveau
On imagine souvent qu'une phobie est une sorte de mauvaise information logée quelque part dans la tête, qu'il suffirait d'effacer d'un coup de baguette. La réalité est un peu plus subtile, et c'est justement ce qui explique pourquoi certaines peurs disparaissent en une séance alors que d'autres reviennent malgré plusieurs tentatives.
Pour comprendre cela, il faut d'abord savoir que notre cerveau possède une sorte d'alarme interne, une petite structure appelée l'amygdale. Son rôle est de détecter un danger et de déclencher une réaction de peur, parfois bien avant que notre partie rationnelle ait eu le temps de réfléchir. En face, une autre région, le cortex préfrontal, joue le rôle du raisonnement et du contrôle. Chez une personne phobique, l'alarme (l'amygdale) prend le dessus sur le raisonnement (le cortex préfrontal), ce qui explique cette sensation de peur disproportionnée, presque incontrôlable, face à un simple insecte ou une araignée.
Une étude publiée dans la revue scientifique Cerebral Cortex a observé, grâce à l'imagerie cérébrale, ce qui se passe réellement pendant une séance d'hypnose. Les chercheurs ont constaté que l'état hypnotique (à bien distinguer du sommeil, en hypnose on ne dort pas !) réduit la vigilance de fond du cerveau, un peu comme si on baissait le volume du bruit ambiant mental, tout en améliorant la capacité du cerveau à se concentrer sur une tâche précise. C'est ce relâchement qui permet, en séance, d'aller travailler plus facilement sur des schémas de peur profondément ancrés.
Vient alors la vraie question : pourquoi ne peut-on pas simplement effacer une peur, une bonne fois pour toutes ? Des chercheurs de l'université d'Uppsala, en Suède, ont étudié ce mécanisme de très près. Leurs résultats, publiés dans la revue Science, montrent une chose importante : quand on réactive un souvenir de peur, celui-ci devient momentanément modifiable, un peu comme un fichier qu'on aurait rouvert en mode édition. C'est uniquement pendant cette courte fenêtre qu'il est possible d'agir directement sur le souvenir d'origine, la cause, et non plus seulement sur ses conséquences (et donc pas seulement sur les symptômes !). Une seconde étude de la même équipe, publiée dans la revue PLOS One dix-huit mois plus tard, a confirmé que cet effet durait dans le temps.
En dehors de cette fenêtre précise en mode “souvenir modifiabl”, le cerveau fonctionne autrement, et c'est là que se trouve l'explication la plus utile pour comprendre le cas de cette patiente. Une synthèse de plusieurs recherches sur la mémoire de la peur rappelle que les techniques classiques d'exposition (par exemple, se confronter progressivement à sa peur) ne suppriment pas le souvenir de peur d'origine. Elles ajoutent simplement, par-dessus, un nouveau souvenir plus rassurant. Les deux souvenirs coexistent alors dans le cerveau, un peu comme deux calques superposés. Tant que le second calque reste bien en place, la peur ne se manifeste plus. Mais si la personne traverse une période de fragilité ou un changement de contexte important, l'ancien souvenir de peur peut reprendre le dessus, et la peur revient.
C'est exactement ce qui s'est joué pour cette patiente. Une revue de la littérature scientifique sur les traitements de l'anxiété, disponible sur ScienceDirect, souligne d'ailleurs que les données actuelles restent insuffisantes pour prouver qu'une hypnose centrée uniquement sur le symptôme suffit à guérir durablement une phobie. Ce constat rejoint très exactement ce que j'observe au cabinet : l'hypnose n'est pas une gomme magique qu'on pose sur une peur isolée, c'est un outil puissant à condition de s'en servir pour travailler sur le mécanisme réel qui alimente cette peur, pas uniquement sur sa partie visible.
Pourquoi l'hypnose seule ne suffit pas dans ce cas
On pourrait penser qu'il suffit de travailler en hypnose directement sur la phobie des insectes. Bien sûr, c'est possible, mais dans ce cas précis, cela n'aurait probablement pas fonctionné durablement. Elle me l'a d'ailleurs expliqué elle-même en cabinet : elle avait déjà eu recours à l'hypnose par le passé pour arrêter de fumer, et cela avait très bien fonctionné.
Dans ce cas-là, il y avait un problème précis à résoudre, l'arrêt de la cigarette, et cela se traite très bien en hypnose, parce que le symptôme et le problème ne font qu'un, le tabac. Elle était ensuite retournée voir la même personne pour se faire accompagner sur cette phobie des insectes, et à son grand étonnement, cela n'avait pas fonctionné cette fois-ci.
À la lumière de ce que montre la recherche sur la reconsolidation de la mémoire et sur les limites des techniques d'extinction classique, cela s'explique assez bien : contrairement au tabac, où le symptôme et la cause étaient identiques, la phobie des insectes n'était que la partie visible et physique d'un mécanisme de peur beaucoup plus large, lié à la perte de son cadre de vie habituel. Travailler uniquement sur l'insecte, sans toucher à la véritable cause émotionnelle sous-jacente, revient à poser un nouveau souvenir de sécurité par-dessus l'ancien, sans jamais le désamorcer réellement.
Notre approche pour traiter la cause, pas seulement le symptôme
Nous avons donc décidé de nous revoir sur deux prochains rendez-vous, afin de travailler cette fois sur l'anxiété liée à l'absence de cadre et sur cette trop grande liberté qui est arrivée d'un coup depuis son départ à la retraite. L'objectif n'est plus de désensibiliser une peur en particulier, mais d'accompagner cette femme à retrouver un sentiment de contrôle et de repères dans une vie qui vient de changer radicalement de forme.
C'est cette étape d'écoute et d'analyse de la cause réelle qui fait, selon moi, toute la différence dans un accompagnement en cabinet, et c'est aussi ce que confirment les études que j'ai partagées plus haut. Une phobie, une angoisse ou un blocage ne racontent presque jamais uniquement ce qu'ils semblent raconter au premier abord. Ils sont souvent le langage d'un déséquilibre plus profond, ancré dans des mécanismes cérébraux précis, qu'il faut prendre le temps d'identifier avant d'agir. Ensuite, je sors ma caisse à outil dont l’hypnose fait partie, mais aussi l’EMDR par exemple, et l’on adapte à chaque personne la solution qui lui conviendra le mieux.
Si vous vous reconnaissez dans ce type de situation, une peur qui semble disproportionnée par rapport à ce qu'elle représente concrètement, ou une difficulté qui persiste malgré plusieurs tentatives pour la résoudre, je vous invite à prendre rendez-vous au cabinet Horasis Thérapies. Nous prendrons le temps, ensemble, de comprendre ce qui se joue réellement derrière le symptôme.